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L’école publique rurale fragilisée

Corinne Mahé

Si tous les enfants ont droit à une école de la République proche de chez eux, la réalité est toute différente. Depuis plusieurs années, l’école publique rurale subit des réformes qui dégradent l’éducation et le rythme de vie des enfants concernés et vident un peu plus les campagnes de leur vitalité. Les principales réformes et menaces qui pèsent sur l’école, leurs conséquences et les raisons invoquées par le Gouvernement : Les suppressions de postes et le non renouvellement de postes d’enseignants dans l’Éducation Nationale. Les raisons invoquées sont souvent la rationalisation de l’usage de l’argent public. De 19 000 écoles à classe unique, nous sommes passés à moins de 5 000 aujourd’hui. Dans certaines régions comme Les Mauges (Maine-et-Loire), une commune sur 2 ne possède pas d’école publique. Les fermetures de classes et d’écoles considérées en sous-effectifs que le Ministère de l’Éducation nationale compense depuis 40 ans par les regroupements scolaires intercommunaux (RPI). Il espère ainsi faire des économies sur les postes d’enseignants. Ces regroupements ne sont pas sans poser un certain nombre de difficultés :

Les dépenses sont en fait reportées sur les collectivités locales. Elles devaient auparavant essentiellement gérer le patrimoine scolaire. Elles doivent maintenant s’impliquer dans le développement des activités périscolaires : transports, cantines, garderies… Alors que de 1974 à 2004, la part dans le financement de la dépense d’éducation est passée pour les collectivités territoriales de 15,6% à 22,4%, les dépenses de l’État dans ce domaine ont diminué de 65,9% à 60,6%. Transporter les enfants dès le plus jeune âge a une incidence sur leur rythme. Certains passent parfois près de 3h par jour en déplacement. Les regroupements vident les villages de leur école, ce qui dissuade les familles d’y rester ou de s’y installer, la population vieillit, le dynamisme s’essouffle… La décision de fermer une école devrait être accompagnée d’une étude d’impact globale, or ce dispositif a été supprimé en avril 2004. La création des Établissements publics d’éducation (EPEP) depuis 2004. C’est la concrétisation du projet Darcos 2003 de regroupements à 30 classes/600 élèves et de fermetures d’écoles de moins de 4 classes. Leur gestion est assurée par un conseil d’administration composé de parents d’élèves et d’enseignants sous-représentés, d’élus, et par un chef d’établissement chargé notamment de rechercher des financements privés. Les raisons invoquées par le gouvernement sont les exigences actuelles de formation, le nécessaire travail d’équipe des maîtres, des moyens plus importants et plus modernes comme l’équipement informatique… Or ces réseaux ne sont pas sans conséquences non plus. S’ils économisent des crédits du ministère (moins de fonctionnaires), ils pèsent eux aussi lourdement sur les communes et leurs regroupements. Les réseaux coûtent en terme de transports scolaires, d’équipements informatiques, en crédits pédagogiques de soutien divers, en crédits liés à des actions de formation continue spécifique. Ils coûtent en moyens humains… Les réseaux n’ont pas contribué à une économie de moyens… La Loi sur le financement de l’école privée via l’article 89 de la Loi n° 2004-809 du 13 août 2004 qui devrait être remplacée par la loi Carle (vote à l’Assemblée à la rentrée 2009). Alors que les communes sont soumises à des charges croissantes, plusieurs textes de loi proposent d’augmenter le financement de l’enseignement privé sur des fonds publics. C’est notamment le cas cette qui oblige les communes à participer aux frais de scolarité des élèves fréquentant des écoles privées situées sur une autre commune que celle de leur domicile. Ce texte a pour objet de « garantir la parité de financement entre les écoles élémentaires publiques et privées sous contrat d’association et d’encadrer la participation des communes au financement des écoles privées sous contrat d’association lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence ». Or, pour nombre d’élus, de parents et d’enseignants:

- ce texte remet en cause la liberté de gestion des communes dans le cadre du respect des lois organiques comme celle de la laïcité établissant la séparation des églises et de l’État;

- l’application de l’article risque d’asphyxier financièrement les communes et notamment celles qui ont déjà du mal à entretenir leur propre école. Comme certaines aides baissent dans le même temps (notamment en provenance des Caisses d’Allocations Familiales) pour maintenir ces services, les maires seront amenés à augmenter les impôts locaux;

- le texte risque de conduire au départ d’enfants vers d’autres communes et donc de mettre en difficulté les écoles publiques, de conduire à des fermetures de classes, voire d’écoles.

La création des « jardins d’enfants ». Les enfants de deux ans ne seront bientôt plus accueillis à l’école maternelle. Le secteur privé propose d’ores et déjà des jardins d’éveil appelés provisoirement des classes relais pour les enfants de deux ans, financés par la CAF, les collectivités territoriales et les familles. Quelles capacités auront les maires à financer et trouver des locaux ?

Des écoles publiques rurales de proximité accusées d’être moins performantes. Pour parvenir à les fermer et à regrouper les élèves sur les pôles scolaires, les écoles rurales uniques et multi-âges sont souvent accusées par les inspecteurs d’académie d’être moins performantes car démunies financièrement ou matériellement et n’offrant pas les mêmes qualités de formation que les écoles plus importantes. Or différents rapports mettent justement en lumière leurs atouts à la fois pédagogiques, financiers et environnementaux.

Des réformes récentes génératrices d’échec scolaire :

- 3 semaines en moins d’école par an pour tous les élèves,

- un rythme scolaire plus soutenu pour tous les élèves avec des programmes encore plus chargés,

- un allongement de la journée des enfants dits les « plus en difficulté » (aide personnalisée ou soutien),

- un allongement du temps scolaire sur une année pour ces mêmes élèves (stages de remise à niveau),

- des programmes « mécanistes »,

- des enseignants de moins en moins formés pédagogiquement,

- la suppression annoncée de la scolarisation des moins de trois ans en maternelle

- 3000 suppressions d’enseignants spécialisés de RASED1, et disparition d’ici 3 ans etc.

- 8700 postes supprimés en 2007, 11200 en 2008 et 13500 prévus en 2009.

Par pgeducation le 9 août, 2009 dans Ecole primaire, Notes

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