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L’enseignement catholique à l’assaut des « jardins d’éveil »

 

Corinne Mahé

 

Sources :

 

- Orientations du Comité national de l’Enseignement catholique pour l’accueil de la petite enfance (comité national de l’enseignement catholique du 4 juillet 2008).

 

- Proposition de préambule, statuts et règlement intérieur pour les créateurs d’association et de structure d’accueil petite enfance (Enseignement catholique de Vendée, novembre 2008).

 

- Revue de l’enseignement catholique (février 2008).

 

- Lettre du CNAL et du CNAFAL à la Caisse nationale d’allocations familiales (9 juillet 2009).

 

Suite à la proposition du Sénat (novembre 2008) de « création d’un lieu d’éducation et d’éveil destiné aux enfants de 2 à 3 ans conçu comme structure intermédiaire qui pourrait prendre la dénomination de jardin d’éveil », 8000 premières places en jardin d’éveil sont prévues à la rentrée 2009. On notera la réaction rapide de l’Enseignement catholique qui dès juillet 2008 s’est penché sur la question …

 

Les textes produits par l’enseignement catholique font le constat du désengagement croissant de l’Etat dans la scolarisation des 2-3 ans qui pourrait aboutir à la suppression complète de la scolarisation de cette tranche d’âge. La fermeture de classes dans les établissements privés sous contrat et la mise en place de jardins d’éveil situés logiquement à proximité des écoles communales risquent alors de « perturber le recrutement des écoles catholiques ».

 

Il est donc proposé d’ « imaginer des dispositifs pour rester présent sur la tranche d’âge des 2 ans et même de s’intéresser à l’accueil de toute la petite enfance de 3 mois à 3ans ». Outre la nécessité de maintenir en bonne place l’enseignement catholique sur le marché de l’éducation, il est rappelé la longue tradition de l’offre faite aux familles en matière d’accueil et d’éducation des jeunes enfants ainsi que la « volonté de mettre le projet éducatif fondé sur un sens chrétien de l’homme au service de la société » (Préambule du statut de l’Enseignement catholique de France, 14 mai 1992).

 

Le projet éducatif est pratiquement construit : choix du personnel (non enseignant), formes d’accueil (crèches parentales…, halte garderies), ouverture toute l’année, visée éducative de « former tout l’homme » en ne se limitant pas à la seule dimension de l’instruction…

 

Des pistes sont évoquées pour trouver des financements : municipalités, Etablissements publics de coopération intercommunale, conseils généraux, Protection maternelle et infantile, Caisses d’allocations familiales, entreprises… Le Président de la CNAF, établissement public désigné comme maître d’œuvre des jardins d’éveil, Jean-Louis Deroussen, s’est déjà déclaré favorable à un partenariat avec l’enseignement catholique dans un article de la revue de l’enseignement catholique : « si l’enseignement catholique est le premier ou l’un des premiers, à lancer des expériences, il ne peut être que favorablement accueilli »… D’où la lettre du CNAL qui s’étonne du « soutien inconditionnel apporté à l’enseignement catholique par le Président de la CNAF, et ce dès février 2008 plus d’un an avant les annonces ministérielles de mise en place de jardin d’éveil, contrevenant ainsi aux principes de neutralité et de laïcité ».

 

Concrètement, en novembre 2008 l’Enseignement catholique de Vendée propose déjà la constitution d’associations qui mettront en place les structures d’accueil ainsi qu’un modèle de statuts et de règlement intérieur. En résumé, l’association est une organisation dont le projet d’inspiration chrétienne s’appuie sur les valeurs du projet de l’enseignement catholique et de l’école ; toute décision devra être validée par le CE de l’école et … le Directeur Diocésain ; le projet éducatif de la structure, ouverte à tous, respecte la liberté de conscience des familles et des enfants…

 

Arguant de sa tradition éducative (depuis des siècles !) et de son « savoir-faire » (et c’est Sarkozy qui le dit !), l’Eglise se propose donc de voler au secours de la Nation pour soutenir l’économie, lutter contre la précarité et les injustices sociales ! Comme l’école laïque, elle accueillera tous les élèves sans distinction de classe sociale, de race ou de religion pour transmettre le message de Jésus : « laissez venir à moi les petits enfants ». Elle mélange habilement le rappel des ses valeurs chrétiennes et son attachement à la famille avec ses nouvelles valeurs empruntées à la pédagogie « innovante » et à la République, justice, égalité, liberté de conscience et ce dans un but hautement respectable : être utile à son prochain et … à la Nation !!! La guerre scolaire n’aura plus lieu, nous entrons dans l’ère de la co-gestion éducative. L’Etat reconnaît l’expertise de l’enseignement catholique (expert en aliénation !), et apprécie les économies qu’il réalise même si des fonds publics doivent financer l’enseignement religieux. L’Eglise, après avoir obtenu des fonds publics pour financer ses écoles, après s’être imposée dans la lutte contre l’échec scolaire (plan espoir banlieue), après avoir obtenu la reconnaissances des diplômes du Vatican, obtient le nec plus ultra, la part de marché la plus lucrative économiquement et « spirituellement » : la petite enfance. De plus elle devance (d’une longueur ?) les autres communautés religieuses sur le marché de l’éducation. Sarkozy tient sa promesse de « laïcité positive » et garde la laïcité « fermée » pour les musulmans !

 

L’Eglise catholique a perdu le monopole de l’enseignement en 1905 mais les lois qui se sont succédées depuis 1951 (avec une certaine accélération depuis 2004) montrent bien que la laïcité a gagné une bataille mais que l’Eglise et/ou les communautarismes sont en train de gagner la guerre. Pour préserver son influence elle s’est alliée de tous temps au pouvoir dominant, à l’Ancien Régime comme au libéralisme qui ont en commun la volonté de préserver les intérêts des classes dirigeantes en aliénant le peuple par l’ignorance et l’obscurantisme.

 

Seule l’école publique, laïque, républicaine a le projet de former des citoyens émancipés par la connaissance et la raison « libres et autonomes, pour qu’ils soient capables de modifier leur environnement, et non pas seulement de s’y conformer » (Main Basse sur l’école publique, Eddy Khaldi – Muriel Fitoussi). La vraie liberté ce n’est pas de donner le choix aux familles pour l’éducation de leurs enfants, c’est donner aux enfants les outils pour développer leur sens critique indépendamment du déterminisme social et culturel

Par pgeducation le 9 août, 2009 dans Débats, Ecole Maternelle

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