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26 août, 2009

Jardins d’éveil ou quand le marché s’invite à l’Ecole dès le plus jeune âge

En cette rentrée scolaire, le gouvernement lance l’expérimentation des jardins d’éveil. Ce nouveau mode de garde des enfants de 2 à 3 ans doit concerner 8000 places d’ici à 2012. Le Parti de Gauche tire une fois encore la sonnette d’alarme devant la mise en place de ce dispositif. Il dénonce la première étape du démantèlement programmé de l’école maternelle et de la privatisation de l’accueil des enfants avant la scolarité obligatoire. Cette mesure est à mettre en perspective avec la diminution du taux de scolarisation des enfants de moins de 3 ans qui résulte largement de choix budgétaires qui empêchent l’école maternelle de les accueillir. Cette évolution est en réalité aussi un renversement complet du rôle attribué à l’école maternelle : celle-ci n’est plus considérée comme un lieu de socialisation et d’éducation mais comme une simple garderie. Derrière la sortie savamment orchestrée par l’ancien ministre Darcos sur le niveau de qualification des enseignants de maternelle dont la mission consisterait à changer les couches, c’est en réalité l’enfant en tant qu’individu en construction, personnelle et sociale, qui est nié. En revenant en parallèle sur le principe d’éducabilité, cette droite prétendument moderne est en réalité anachronique. Le Parti de Gauche s’oppose résolument au fait qu’une participation, même présentée dans un premier temps comme modique, puisse être demandée aux familles. C’est la preuve évidente de la volonté de désengagement de l’Etat à moyen terme pour opérer à la marchandisation de l’école maternelle. Nul doute que les jardins d’éveil sont destinés à entrer en concurrence avec la scolarisation en maternelle à très brève échéance, notamment pour des raisons d’économies budgétaires mais aussi pour ouvrir de nouveaux marchés. La stratégie appliquée par le gouvernement est désormais bien connue : suppressions de postes, classes surchargées, dénigrement de l’école publique, organisation du désordre et du mécontentement. La solution à ces dysfonctionnements passe alors par une remise en cause du service public d’éducation public, gratuit et laïque paré de tous les maux, au profit de l’intrusion d’intérêts privés marchands !  C’est ainsi qu’il n’est pas anodin de constater la tentative d’OPA envisagée par l’enseignement catholique dans la création des jardins d’éveil. A cet égard l’appel à candidature lancée par la CNAF pour expérimenter les jardins d’éveil pour les enfants de 2 à 3 ans incluant l’enseignement catholique a de quoi inquiéter les républicains défenseurs de l’intérêt général. Le Parti de Gauche insiste sur la nécessité d’étendre le nombre de place d’accueil en maternelle tout en proposant dans ce cadre des formes plus souples afin de répondre au mieux aux nouvelles réalités des familles. Le Parti de Gauche réaffirme son attachement à la qualification des personnels car ils sont les premiers maillons de l’émancipation des individus : pour cela leur rôle ne saurait être minoré.

Par pgeducation le 26 août, 2009 dans Ecole Maternelle, Expression publique
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9 août, 2009

Formation professionnelle : comment ça se passe ?

 

François BERGER

A y regarder un peu, la formation professionnelle et la qualification qui en découle est un élément central de la promotion sociale, de la lutte contre les discriminations et l’exclusion. La validation de compétences professionnelles qui permettent d’exercer un métier, est un élément d’une importance capitale. Cela permet à toutes les personnes exerçant un même métier d’être reconnues et donc rémunérées au même niveau quelque soit leur condition sociale ou les lieux où elles exercent.

Cela donne des arguments aux instances représentatives pour négocier les salaires avec les branches professionnelles.

C’est aussi et surtout, la pierre angulaire vers une harmonisation européenne des titres professionnels et la rémunération qui va avec (le plombier polonais qui a les mêmes compétences que le plombier espagnol doit avoir le même salaire et la même technicité que le plombier français).

Je n’aborderai pas l’aspect des financements de la formation professionnelle, c’est un domaine très complexe surtout depuis que le gouvernement actuel a décidé unilatéralement de placer la formation professionnelle dans le champ des services marchands. Ce choix libéral n’est pas simplement stupide il est aussi de permettre à des entreprises privées de « taper » dans les 28 milliard d’euros que représente ce désormais « Marché ».

Si rien n’est fait, la formation va devenir un produit commercial ordinaire.

Alors, comment cela s’organise, qu’est ce que c’est la formation professionnelle ?

C’est d’abord un outil politique.

Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) placée sous l’autorité du ministre de l’Économie, des Finances et de l’Emploi et mise à la disposition notamment du ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, la DGEFP est chargée de proposer les orientations de la politique pour l’emploi et la formation professionnelle continue. Elle en construit le cadre juridique en concertation avec les départements ministériels et les partenaires sociaux, elle conduit et coordonne la mise en œuvre des dispositifs et en évalue les résultats.

Le ministère du travail propose actuellement 285 titres professionnels (d’autres ministères comme l’agriculture et l’éducation nationale par les GRETA proposent aussi des titres professionnels).

Les titres correspondent à l’exercice d’un métier et sont classés par niveau :

Niveau V : BEP – CAP (ouvrier / employé)

Niveau IV : BAC (technicien)

Niveau III : BAC+2 (technicien supérieur)

Niveau II : BAC + 3 / + 4 (ingénieur)

Une compétence correspond à une activité professionnelle.

CCP : Certificats de Compétences Professionnelles, CCS: Certificats Complémentaires de Spécialisation

Les titres sont proposés aux CPC (Commissions Professionnelles Consultatives) qui en valident l’existence, le contenu et s’assurent de leurs évolutions. Voir en annexe la liste des CPC de l’éducation nationale et leur constitution. Ils sont révisés en principe tous les 3 à 5 ans pour adapter leurs contenus aux évolutions professionnelles.

Un titre est constitué généralement de 3 CCP + une épreuve finale d’évaluation validée par un jury de professionnels (liste de jury dans régions) Un titre peut s’obtenir :

soit par une formation complète dont l’épreuve finale validée les 3 CCP + jury,

soit par un mix de CCP acquis en VAE + CCP acquis en formation + jury,

soit entièrement en VAE + épreuve finale d’évaluation + jury.

VAE : Validation d’Acquis par l’Expérience (présentation d’un dossier professionnel à un jury qui peut valider un ou plusieurs CCP à partir d’expériences professionnelles). C’est ensuite un outil au service de l’intérêt général.

« La formation tout au long de la vie », « l’école de la deuxième chance » sont de belles formules qui masquent mal la complexité et la difficulté pour l’apprenant adulte de choisir et d’obtenir une formation qualifiante.

Les parcours de formation sont construits avec l’apprenant par des professionnels de l’orientation et s’inscrivent autour de 3 exigences :

Une centration sur l’individu qui décide lui même de ses orientations professionnelles en fonction de ses potentiels et de ses désirs.

Une réponse aux besoins des bassins d’emploi locaux (politiques régionales).

Une réponse aux orientations politique nationales de développement des branches professionnelles. Ca fait tout de même une bonne palette d’outils pour agir politiquement afin de mettre la formation professionnelle au centre de l’intérêt général.

Une formation centrée sur l’individu :

Ne pas laisser la formation professionnelle devenir un simple outil « Ressources Humaines » pour satisfaire les besoins des actionnaires des entreprises et de leurs complices du MEDEF. C’est à dire former juste le minimum pour boucher ponctuellement des besoins de productions. Il faut au contraire accompagner l’individu dans ses choix professionnels et lui donner la possibilité de travailler dans un domaine où il se sente utile et en accord avec ses convictions. Il est aisé de comprendre qu’une personne n’a pas envie d’être contremaître dans une usine Dassaut de fabrication de mines antipersonnel, même si elle en a les compétences et qu’on lui propose un bon salaire.

Les bassins d’emploi locaux :

Les  adultes sont en réalité beaucoup moins « mobile  géographiquement »  que l’on veut bien nous le faire croire. La famille, le tissu social et la culture locale sont souvent des éléments de bien être fondamentaux. C’est très souvent la contrainte économique qui pousse des salariés et des familles à se déplacer.

Les représentants politiques (élus locaux) ont leur part de responsabilité dans le développement ou non de certains secteurs d’activités. Il est sûrement judicieux de développer, en Bretagne, des compétences en aquaculture car il y a déjà pas mal de pêcheurs (dont certain pourront se reconvertir en utilisant une partie de leurs connaissances pour faire face à la destruction de la faune marine), il y a un réseau de distribution et de traitement des produits de la mer, et puis, il y a plus d’eau salé en Bretagne qu’en Limousin !

Les élus locaux peuvent prendre des décisions de développement de compétences qui soient d’abord utile à la collectivité avant de permettre à quelques uns de faire des bénéfices individuels sur le dos des entreprises.

 

Les orientations de politique nationale de l’emploi :

La formation et la qualification professionnelle n’est pas là pour faire baisser les statistiques du chômage pendant les périodes électorales. Elle doit être la résultante de choix politique à moyen et long terme. En 10 ans il y a environ la moitié des métiers qui disparaissent pour laisser place à de nouvelles activités professionnelles. Il faut anticiper, qu’est ce qui dans dix ans sera utile à la collectivité en terme de compétences professionnelles ? Quel secteur veut-on développer ?

Il est peut être judicieux de former dès maintenant des techniciens à la pose de panneaux solaires. Ou former des spécialistes de la rénovation du bâti ancien (validé par un CCS en plus d’un titre) pour satisfaire aux nouvelles normes en termes d’isolation thermique ou phonique. Imaginons par exemple que des techniciens bâtiment experts en isolation phonique commencent à créer de petites entreprises ou à intégrer des équipes dans les entreprises de bâtiment. Leurs compétences nouvelles permettraient de proposer de nouvelles prestations aux clients (certains, dont je fais parti, donneraient cher pour ne plus souffrir des bruits insupportables du voisin du dessus)

Les fabricants de matériaux seraient bien obligés de tenir compte de cette nouvelle demande surtout si, dans le même temps, l’état impose de nouveaux critères écologiques pour la fabrication et l’efficacité des matériaux (Cahier du CSTB par exemple). Les vendeurs immobiliers changeront leurs barèmes de prix. Les assureurs peuvent aussi créer de nouvelles normes qui favorisent l’extension de ces nouvelles technologies (ils l’ont déjà fait pour les termites), …. etc… etc….

Donc on peut aisément comprendre que tout est lié ; l’emploi, la formation, les normes de fabrication, l’écologie, l’activité économique, les choix politiques, le bien être des individus et l’intérêt général.

Permettre à des adultes d’acquérir un métier, d’évoluer ou de changer de métier au cours de son existence en respectant ses choix de vie et ses possibilités, n’est pas du tout incompatible avec l’intérêt général de tous sur du long terme.

Revenons à la validation des titres et compétence professionnels. Pourquoi un « titre », rappelons qu’un titre correspond à un métier, plutôt qu’une « compétence »   qui correspond à une activité professionnelle (un titre = environ 3 compétence, CCP).

Si nous restons au niveau de la compétence nous ne formons que des ouvriers spécialisés qui auront des difficultés à situer leurs tâches professionnelles par rapport à l’ensemble de la production.

En termes d’employabilité, ils seront surtout employés à des tâches répétitives et seront vulnérables aux contrats de travail précaires (CDD, intérim, …). Rappelons que le MEDEF défend cette approche sous prétexte que cela permet de satisfaire rapidement les besoins de production des entreprises à des coûts optimisés. L’UIMM, célèbre organisation professionnelle de l’industrie spécialiste du détournement de fond, défend le CQP (Certificat de Qualification Professionnel) qui n’est même pas sur une compétence mais simplement sur une Qualification à réaliser une tâche, vision moderne d’un Taylorisme dépourvu de toute humanité. Il ne reste plus qu’a créer un « Pôle Emploi » qui distribue les offres d’emploi en même temps qu’elle rémunère (ou pas) les chômeurs pour obliger ces derniers à accepter n’importe quelle offre, on réinvente ainsi un genre d’esclavage moderne.

Le titre et donc le métier qui s’y rattache, permet d’appréhender le produit dans sa globalité, de relier les différentes activités nécessaires à la réalisation d’un projet. Il est plus valorisant pour un maçon de réaliser l’ensemble du gros œuvre d’une maison que d’en faire seulement les enduits ou le terrassement. La maîtrise d’un métier permet également une évolution professionnelle sur des nouvelles techniques ou des nouveaux matériaux. Un titre professionnel reconnu par l’état permet de créer légalement une entreprise. Au sein d’une entreprise un professionnel pourra toujours prendre des initiatives, ce n’est pas de travailler n’importe comment (vite et mal), n’importe quand (le dimanche, ou la nuit) ou à n’importe quel prix qui apporte de la souplesse dans les entreprises, c’est bien l’ensemble des compétences des personnels qui constitue la richesse et la capacité à être utile de l’entreprise.
L’acquisition et la validation de compétences représentent en fait la valeur réelle de l’entreprise.

C’est encore plus vrai pour les grandes entreprises où c’est avec l’articulation entre une multitude de métiers différents que l’on peut satisfaire des besoins de transport, de formations, de production agricole ou de services publics au niveau d’une collectivité, d’un pays et pourquoi pas de l’Europe.

 

Par pgeducation le 9 août, 2009 dans Formation professionnelle, Notes
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Formation professionnelle : pistes de réflexion pour préparer les positions du PG au niveau régional

François Berger

La formation professionnelle est aujourd’hui menacée par l’idéologie libérale qui organise le démontage systématique des services publics tant au niveau national que régional. La formation devient un produit marchand et l’individu en demande de formation professionnelle n’est plus dans une démarche individuelle visant à adapter ses activités professionnelles à ses choix de vie, il devient simplement une part de marché potentiel.

Or, on peut imaginer aisément qu’un ingénieur compétent dans la mise au point de missiles d’armement ait envie de quitter cet emploi pour devenir enseignant. Ou bien qu’une personne travaillant comme serveur dans un Mac’Do puisse avoir envie de créer un restaurant bio.

L’intérêt général de la société n’est pas du tout incompatible avec l’épanouissement personnel, bien au contraire. L’individu, par ses choix de vie, ses choix culturels et professionnels, contribue à la transformation sociale.

Mais pour ça, il faut un système de formation pertinent qui ne soit pas juste une machine à alimenter en main-d’œuvre à moindre coût les métiers dit « en tension », une sorte de service RH patronal à l’échelon national (financé par la collectivité).

Alors, où en est-on ?

Le contexte politique et juridique est actuellement en plein bouleversement :

-          Adoption du nouveau code des marchés publics (2006) ;

-          Désengagement de l’Etat et décentralisation des financements de la Formation Pro ;

-          Adoption des nouvelles règles de passation des marchés publics (appels d’offres) ;

-          Débats européens sur les Services d’Intérêt Economique Général (SIEG)

-          La Directive Service (qui doit être transposée avant décembre 2009) qui oblige les Etats à revoir l’ensemble des procédures d’autorisation ou d’agrément dans le cadre de la prestation de service.

-          L’émergence d’une nouvelle notion de Services Sociaux d’Intérêt Général (SSIG), qui n’est pas reconnu au niveau européen malgré la demande de plusieurs Etats.

La formation Pro est considérée comme un marché :

-          Application des règles de concurrence au champ de la formation (Cf. art. L. 410-1 & suiv. Code Commerce – Ordonnance dite « Balladur » du 1er décembre 1986) ;

-          Deux avis du Conseil de la concurrence du 12 déc 2000 et 18 juin 2008 (Cf. Avis n°00-A-31 du 12 déc 2000, précité p14) ;

-          Conseil de la concurrence, décision n°07-D-27 du 31 juillet 2007.

L’Europe

-          Dans le traité, les Services d’Intérêt Economique Général (SIEG) sont soumis au droit de la concurrence ;

-          L’art. 86 al. 2 du traité permet des exceptions « lorsque l’intérêt général ne peut être satisfait par l’application des règles de libre concurrence » ;

-          La notion de Services Sociaux d’Intérêt Général (SSIG) n’est pas présente dans le traité. La commission s’est refusée à établir une liste d’activités justifiant un régime juridique particulier ;

-          Les Etats membres pourraient définir nationalement des exceptions pour « faire exécuter et organiser des services non économiques d’intérêt général » (Cf protocole 2008 annexé au Traité de Lisbonne)

Le droit n’est pas figé

En attendant d’être mandaté par les urnes pour sortir des règles libérales du traité de Lisbonne.

Pour l’instant le droit français ne reconnaît pas aux collectivités la possibilité de réaliser « un mandatement avec octroi de droits spéciaux » c’est-à-dire que l’on applique bêtement les règles minimales de respect du droit de concurrence libre et non faussée.

Mais le droit n’est pas figé, il y a des arguments en faveur d’une évolution législative au niveau national :

-          Un rapport du Sénat (juin 08) considère comme « embarrassant » le décalage entre la réglementation communautaire et le droit national au niveau du Mandatement.

-          Un rapport IGAS (janv 2009) suggère de donner « une base légale à la notion de convention de partenariat d’intérêt général »

-          Un rapport de l’assemblée nationale sur les SSIG (avril 2009) réaffirme la nécessité d’introduire un nouveau dispositif de partenariat.

-          Un débat au parlement européen sur la transposition de « la directive service » qui doit être réalisée avant le 31 déc 2009-07-22

-          Le traité de Lisbonne (art 16) prévoit que l’UE doit statuer pour établir les principes du financement des SIG et pourrait être l’occasion de définir juridiquement les SSIG.

Elections régionales

Tous ces éléments rendent crédible la proposition de créer un Service Public Régional de Formation (SPRF) financé par mandatement avec octroi de droits spéciaux.

Les organismes de formation seront soumis aux obligations de service public.

Exemples de critères définissant l’obligation de service public :

-          Non discrimination, égalité d’accès à la formation pour les usagers ;

-          Adaptabilité aux projets des usagers et aux besoins des bassins d’emploi ;

-          Gratuité des prestations de formations ;

-          Gratuité des services associés (Orientation, hébergement, restauration, suivi médical, accompagnement vers l’emploi, …) ;

-          Qualité, formation qualifiante reconnue ;

-          Protection de l’environnement et respect, de la sécurité et de la santé ;

-          Participation des usagers ;

-          Transparence de la gestion des organismes de formations ;

-          Pérennité des organismes de formations, continuité et régularité des prestations de formation ;

Le mandatement pourrait permettre à la collectivité de coordonner les différents services publics impliqués dans les missions d’intérêt général de formation professionnelle.

Permet également de sortir de la logique de mise en concurrence, par appel d’offres, des organismes de formation.

Permet de favoriser la coopération entre les acteurs régionaux de l’orientation et de la formation professionnelle.

 

Par pgeducation le 9 août, 2009 dans Formation professionnelle, Notes
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L’école publique rurale fragilisée

Corinne Mahé

Si tous les enfants ont droit à une école de la République proche de chez eux, la réalité est toute différente. Depuis plusieurs années, l’école publique rurale subit des réformes qui dégradent l’éducation et le rythme de vie des enfants concernés et vident un peu plus les campagnes de leur vitalité. Les principales réformes et menaces qui pèsent sur l’école, leurs conséquences et les raisons invoquées par le Gouvernement : Les suppressions de postes et le non renouvellement de postes d’enseignants dans l’Éducation Nationale. Les raisons invoquées sont souvent la rationalisation de l’usage de l’argent public. De 19 000 écoles à classe unique, nous sommes passés à moins de 5 000 aujourd’hui. Dans certaines régions comme Les Mauges (Maine-et-Loire), une commune sur 2 ne possède pas d’école publique. Les fermetures de classes et d’écoles considérées en sous-effectifs que le Ministère de l’Éducation nationale compense depuis 40 ans par les regroupements scolaires intercommunaux (RPI). Il espère ainsi faire des économies sur les postes d’enseignants. Ces regroupements ne sont pas sans poser un certain nombre de difficultés :

Les dépenses sont en fait reportées sur les collectivités locales. Elles devaient auparavant essentiellement gérer le patrimoine scolaire. Elles doivent maintenant s’impliquer dans le développement des activités périscolaires : transports, cantines, garderies… Alors que de 1974 à 2004, la part dans le financement de la dépense d’éducation est passée pour les collectivités territoriales de 15,6% à 22,4%, les dépenses de l’État dans ce domaine ont diminué de 65,9% à 60,6%. Transporter les enfants dès le plus jeune âge a une incidence sur leur rythme. Certains passent parfois près de 3h par jour en déplacement. Les regroupements vident les villages de leur école, ce qui dissuade les familles d’y rester ou de s’y installer, la population vieillit, le dynamisme s’essouffle… La décision de fermer une école devrait être accompagnée d’une étude d’impact globale, or ce dispositif a été supprimé en avril 2004. La création des Établissements publics d’éducation (EPEP) depuis 2004. C’est la concrétisation du projet Darcos 2003 de regroupements à 30 classes/600 élèves et de fermetures d’écoles de moins de 4 classes. Leur gestion est assurée par un conseil d’administration composé de parents d’élèves et d’enseignants sous-représentés, d’élus, et par un chef d’établissement chargé notamment de rechercher des financements privés. Les raisons invoquées par le gouvernement sont les exigences actuelles de formation, le nécessaire travail d’équipe des maîtres, des moyens plus importants et plus modernes comme l’équipement informatique… Or ces réseaux ne sont pas sans conséquences non plus. S’ils économisent des crédits du ministère (moins de fonctionnaires), ils pèsent eux aussi lourdement sur les communes et leurs regroupements. Les réseaux coûtent en terme de transports scolaires, d’équipements informatiques, en crédits pédagogiques de soutien divers, en crédits liés à des actions de formation continue spécifique. Ils coûtent en moyens humains… Les réseaux n’ont pas contribué à une économie de moyens… La Loi sur le financement de l’école privée via l’article 89 de la Loi n° 2004-809 du 13 août 2004 qui devrait être remplacée par la loi Carle (vote à l’Assemblée à la rentrée 2009). Alors que les communes sont soumises à des charges croissantes, plusieurs textes de loi proposent d’augmenter le financement de l’enseignement privé sur des fonds publics. C’est notamment le cas cette qui oblige les communes à participer aux frais de scolarité des élèves fréquentant des écoles privées situées sur une autre commune que celle de leur domicile. Ce texte a pour objet de « garantir la parité de financement entre les écoles élémentaires publiques et privées sous contrat d’association et d’encadrer la participation des communes au financement des écoles privées sous contrat d’association lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence ». Or, pour nombre d’élus, de parents et d’enseignants:

- ce texte remet en cause la liberté de gestion des communes dans le cadre du respect des lois organiques comme celle de la laïcité établissant la séparation des églises et de l’État;

- l’application de l’article risque d’asphyxier financièrement les communes et notamment celles qui ont déjà du mal à entretenir leur propre école. Comme certaines aides baissent dans le même temps (notamment en provenance des Caisses d’Allocations Familiales) pour maintenir ces services, les maires seront amenés à augmenter les impôts locaux;

- le texte risque de conduire au départ d’enfants vers d’autres communes et donc de mettre en difficulté les écoles publiques, de conduire à des fermetures de classes, voire d’écoles.

La création des « jardins d’enfants ». Les enfants de deux ans ne seront bientôt plus accueillis à l’école maternelle. Le secteur privé propose d’ores et déjà des jardins d’éveil appelés provisoirement des classes relais pour les enfants de deux ans, financés par la CAF, les collectivités territoriales et les familles. Quelles capacités auront les maires à financer et trouver des locaux ?

Des écoles publiques rurales de proximité accusées d’être moins performantes. Pour parvenir à les fermer et à regrouper les élèves sur les pôles scolaires, les écoles rurales uniques et multi-âges sont souvent accusées par les inspecteurs d’académie d’être moins performantes car démunies financièrement ou matériellement et n’offrant pas les mêmes qualités de formation que les écoles plus importantes. Or différents rapports mettent justement en lumière leurs atouts à la fois pédagogiques, financiers et environnementaux.

Des réformes récentes génératrices d’échec scolaire :

- 3 semaines en moins d’école par an pour tous les élèves,

- un rythme scolaire plus soutenu pour tous les élèves avec des programmes encore plus chargés,

- un allongement de la journée des enfants dits les « plus en difficulté » (aide personnalisée ou soutien),

- un allongement du temps scolaire sur une année pour ces mêmes élèves (stages de remise à niveau),

- des programmes « mécanistes »,

- des enseignants de moins en moins formés pédagogiquement,

- la suppression annoncée de la scolarisation des moins de trois ans en maternelle

- 3000 suppressions d’enseignants spécialisés de RASED1, et disparition d’ici 3 ans etc.

- 8700 postes supprimés en 2007, 11200 en 2008 et 13500 prévus en 2009.

Par pgeducation le 9 août, 2009 dans Ecole primaire, Notes
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L’enseignement catholique à l’assaut des « jardins d’éveil »

 

Corinne Mahé

 

Sources :

 

- Orientations du Comité national de l’Enseignement catholique pour l’accueil de la petite enfance (comité national de l’enseignement catholique du 4 juillet 2008).

 

- Proposition de préambule, statuts et règlement intérieur pour les créateurs d’association et de structure d’accueil petite enfance (Enseignement catholique de Vendée, novembre 2008).

 

- Revue de l’enseignement catholique (février 2008).

 

- Lettre du CNAL et du CNAFAL à la Caisse nationale d’allocations familiales (9 juillet 2009).

 

Suite à la proposition du Sénat (novembre 2008) de « création d’un lieu d’éducation et d’éveil destiné aux enfants de 2 à 3 ans conçu comme structure intermédiaire qui pourrait prendre la dénomination de jardin d’éveil », 8000 premières places en jardin d’éveil sont prévues à la rentrée 2009. On notera la réaction rapide de l’Enseignement catholique qui dès juillet 2008 s’est penché sur la question …

 

Les textes produits par l’enseignement catholique font le constat du désengagement croissant de l’Etat dans la scolarisation des 2-3 ans qui pourrait aboutir à la suppression complète de la scolarisation de cette tranche d’âge. La fermeture de classes dans les établissements privés sous contrat et la mise en place de jardins d’éveil situés logiquement à proximité des écoles communales risquent alors de « perturber le recrutement des écoles catholiques ».

 

Il est donc proposé d’ « imaginer des dispositifs pour rester présent sur la tranche d’âge des 2 ans et même de s’intéresser à l’accueil de toute la petite enfance de 3 mois à 3ans ». Outre la nécessité de maintenir en bonne place l’enseignement catholique sur le marché de l’éducation, il est rappelé la longue tradition de l’offre faite aux familles en matière d’accueil et d’éducation des jeunes enfants ainsi que la « volonté de mettre le projet éducatif fondé sur un sens chrétien de l’homme au service de la société » (Préambule du statut de l’Enseignement catholique de France, 14 mai 1992).

 

Le projet éducatif est pratiquement construit : choix du personnel (non enseignant), formes d’accueil (crèches parentales…, halte garderies), ouverture toute l’année, visée éducative de « former tout l’homme » en ne se limitant pas à la seule dimension de l’instruction…

 

Des pistes sont évoquées pour trouver des financements : municipalités, Etablissements publics de coopération intercommunale, conseils généraux, Protection maternelle et infantile, Caisses d’allocations familiales, entreprises… Le Président de la CNAF, établissement public désigné comme maître d’œuvre des jardins d’éveil, Jean-Louis Deroussen, s’est déjà déclaré favorable à un partenariat avec l’enseignement catholique dans un article de la revue de l’enseignement catholique : « si l’enseignement catholique est le premier ou l’un des premiers, à lancer des expériences, il ne peut être que favorablement accueilli »… D’où la lettre du CNAL qui s’étonne du « soutien inconditionnel apporté à l’enseignement catholique par le Président de la CNAF, et ce dès février 2008 plus d’un an avant les annonces ministérielles de mise en place de jardin d’éveil, contrevenant ainsi aux principes de neutralité et de laïcité ».

 

Concrètement, en novembre 2008 l’Enseignement catholique de Vendée propose déjà la constitution d’associations qui mettront en place les structures d’accueil ainsi qu’un modèle de statuts et de règlement intérieur. En résumé, l’association est une organisation dont le projet d’inspiration chrétienne s’appuie sur les valeurs du projet de l’enseignement catholique et de l’école ; toute décision devra être validée par le CE de l’école et … le Directeur Diocésain ; le projet éducatif de la structure, ouverte à tous, respecte la liberté de conscience des familles et des enfants…

 

Arguant de sa tradition éducative (depuis des siècles !) et de son « savoir-faire » (et c’est Sarkozy qui le dit !), l’Eglise se propose donc de voler au secours de la Nation pour soutenir l’économie, lutter contre la précarité et les injustices sociales ! Comme l’école laïque, elle accueillera tous les élèves sans distinction de classe sociale, de race ou de religion pour transmettre le message de Jésus : « laissez venir à moi les petits enfants ». Elle mélange habilement le rappel des ses valeurs chrétiennes et son attachement à la famille avec ses nouvelles valeurs empruntées à la pédagogie « innovante » et à la République, justice, égalité, liberté de conscience et ce dans un but hautement respectable : être utile à son prochain et … à la Nation !!! La guerre scolaire n’aura plus lieu, nous entrons dans l’ère de la co-gestion éducative. L’Etat reconnaît l’expertise de l’enseignement catholique (expert en aliénation !), et apprécie les économies qu’il réalise même si des fonds publics doivent financer l’enseignement religieux. L’Eglise, après avoir obtenu des fonds publics pour financer ses écoles, après s’être imposée dans la lutte contre l’échec scolaire (plan espoir banlieue), après avoir obtenu la reconnaissances des diplômes du Vatican, obtient le nec plus ultra, la part de marché la plus lucrative économiquement et « spirituellement » : la petite enfance. De plus elle devance (d’une longueur ?) les autres communautés religieuses sur le marché de l’éducation. Sarkozy tient sa promesse de « laïcité positive » et garde la laïcité « fermée » pour les musulmans !

 

L’Eglise catholique a perdu le monopole de l’enseignement en 1905 mais les lois qui se sont succédées depuis 1951 (avec une certaine accélération depuis 2004) montrent bien que la laïcité a gagné une bataille mais que l’Eglise et/ou les communautarismes sont en train de gagner la guerre. Pour préserver son influence elle s’est alliée de tous temps au pouvoir dominant, à l’Ancien Régime comme au libéralisme qui ont en commun la volonté de préserver les intérêts des classes dirigeantes en aliénant le peuple par l’ignorance et l’obscurantisme.

 

Seule l’école publique, laïque, républicaine a le projet de former des citoyens émancipés par la connaissance et la raison « libres et autonomes, pour qu’ils soient capables de modifier leur environnement, et non pas seulement de s’y conformer » (Main Basse sur l’école publique, Eddy Khaldi – Muriel Fitoussi). La vraie liberté ce n’est pas de donner le choix aux familles pour l’éducation de leurs enfants, c’est donner aux enfants les outils pour développer leur sens critique indépendamment du déterminisme social et culturel

Par pgeducation le 9 août, 2009 dans Débats, Ecole Maternelle
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