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A propos du baccalauréat professionnel en 3 ans

 

Comment expliquer que des élèves qui depuis 1987 avaient besoin de 4 années pour acquérir un bac pro (2 années pour que 70% en moyenne acquièrent un BEP ou un CAP après la 3ème et 2 années pour que 75% en moyenne acquièrent le bac pro) vont du jour au lendemain être capable d’obtenir le même diplôme sur la base des mêmes programmes en 3 ans ? Cherchez l’erreur car il y en a une ! Alors pour emballer le produit et le rendre vendable à l’opinion, aux parents d’élèves et si possible aux élèves voire aux acteurs du système (un partie des profs ont vite compris qu’il s’agissait avant tout de tenter de récupérer des postes conformément aux engagements inconsidérés du candidat Sarkozy qui, lors de sa campagne  a annoncé vouloir ne remplacer que la moitié des personnels partant à la retraite), le gouvernement claironne et tente de vendre l’idée qu’il s’agit d’afficher une égale dignité pour les voies générale, technologique et professionnelle comme si cette dernière avait été délibérément maltraité depuis 20 ans et qu’il était possible de faire en 3 ans ce que jusqu’à présent on fait en 4 pour la plupart des élèves ! Ceux qui ont contribué à la mise en place et au développement du bac pro (création en 1985 et première promotion reçue à l’examen en 1987) savent que la plupart des élèves de bac pro ont besoin de ces 4 ans, notamment grâce aux 2 années de BEP, pour reprendre confiance après des échecs au collège notamment en enseignement général (peu de mesures vraiment crédibles y ont été prises pour y remédier réellement, comme ce fut le cas avec les classes technologiques ou de découvertes professionnelles implantées en LP), du fait d’une maîtrise insuffisante de pré requis de base (repérables lors d’évaluations diagnostiques ou positionnements conduits lors de l’entrée dans la voie professionnelle), de difficultés pour apprendre (une partie importante des jeunes ne savent plus ou pas apprendre), d’horaires importants – tant sur le plan de la formation (de 30 à 35H) que, pour une partie de la population, en déplacement (1 à 2H/j soit 5 à 10H/semaine), sans parler de la fraction non négligeable de ceux qui, pour disposer d’un minimum de ressources pécuniaires, sont plus ou moins contraints de travailler une partie du week-end – qui réduisent les possibilités de travail données à chaque élève en dehors de la classe. L’égale dignité, mots désormais galvaudés, c’est de prendre en compte les contraintes particulières auxquelles doit faire face l’élève de LP pour réussir et ses professeurs pour le faire réussir, même si sa formation doit durer un an de plus pour qu’il reprenne confiance et obtienne un baccalauréat reconnu pour sa spécificité comme ceux des voies générale et technologique.

Aujourd’hui c’est la culture du « chiffre » qui domine indépendamment des réalités pédagogiques et, la vente à l’opinion de mesures démagogiques et/ou inconsidérées basées quasi exclusivement sur des considérations économiques que le gouvernement ou le ministre de l’E..N. tente de camoufler derrière des slogans qui parlent tantôt d’équité tantôt d’égale dignité… Bien sûr, dans la propagande des décideurs aujourd’hui au pouvoir, si des personnels osent s’y opposer c’est qu’ils défendent des privilèges et qu’ils refusent d’évoluer mais on fera la réforme contre eux dans l’intérêt public, alors que ces décideurs sont profondément réactionnaires (voir leur politique économique et fiscale) et porteurs d’un modèle politico-économique « outre-atlantique » à bout de souffle et pour partie déconsidéré par sa propre opinion publique. Pour savoir ce qu’est le service au public ou l’intérêt public, il faut y travailler ou y avoir travaillé au contact du public et, ce n’est pas sur les bases d’une logique financière et d’une gestion comptable d’entreprise privée que l’on peut en parler, … encore moins lorsqu’on est avocat d’affaires obnubilé par le souci de s’enrichir ! Jusqu’à présent les diplômes professionnels et leur durée de formation correspondaient pour l’essentiel à des besoins exprimés par les acteurs économiques représentés par des salariés et des employeurs à travers des commissions regroupant des secteurs professionnels, en particulier sous l’égide de l’E.N. Qui a demandé la disparition des BEP, de la formation BEP-bac pro en 4ans et, leur remplacement par des bacs 3 ans ? Depuis quand crée-t-on des CAP pour remédier aux difficultés des élèves (bien sûr prévisibles pour une partie importante d’entre eux) indépendamment de besoins économiques clairement identifiés dans une branche ? Alors on invente une pseudo demande sociale destinée à répondre aux poursuites d’études d’élèves de bac pro bien au-delà de ce qui existe aujourd’hui, le fait d’effectuer une année de plus (4 ans au lieu de 3) entravant l’objectif de 80% d’une classe d’âge au bac (argument politique destiné là encore à brouiller les pistes et à créer le trouble dans l’esprit d’un partie de l’électorat de gauche) voire les poursuites d’études au-delà. La réalité est beaucoup plus prosaïque, ceux qui ont participé à des études sérieuses sur le sujet, le savent, à savoir qu’une partie des élèves de LP ne poursuivent pas en bac pro ou abandonnent en cours de formation, préfèrent le bac pro au bac technologique ou partent en cours de formation en apprentissage, pour des raisons économiques (besoins de revenus) ou parce qu’ils n’ont pas envie d’effectuer, pour des raisons diverses, le minimum de travail nécessaire à la réussite à l’examen ; c’est cela la cause principale du retard dans l’atteinte de l’objectif des 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat. La plupart des arguments destinés à justifier le passage des bacs pro de 4 à 3 ans peuvent être démontés (voir notamment le point de vue d’une partie des syndicats d’enseignants) car ils servent à camoufler la raison principale qui est de réduire à terme le nombre d’enseignants. Le  passage en force, à compter de la rentrée 2009, aux bacs 3 ans, accompagné d’une suppression des BEP pour rendre difficile tout retour en arrière, avec la complicité d’un certain nombre de syndicats (dont le syndicat majoritaire des PLP, le SNETAA qui a choisi de céder aux avances du gouvernement contre quelques avantages financiers et, avec peut être l’espoir d’absorber les élèves de la filière technologique) aura  probablement des conséquences calamiteuses dans les années à venir :

      . d’abord pour les élèves qui rencontreront des difficultés accrues en 1ère et T bac pro, la première année, classe de seconde, ne permettant que d’entrevoir les difficultés à venir, le ministère s’employant, là aussi, à minimiser, camoufler, tenter d’avancer des pistes, peu réalistes, pour que le tiers des élèves entrés dans la filière bac 3 ans à la rentrée 2008 ne se mobilisent ;

      . les tensions entre élèves et professeurs vont s’accroître, les 1ers reprochant, pour partie, aux seconds d’être responsables de leur échec tandis que les professeurs se plaindront du niveau des acquis des élèves et de leur manque de travail (c’est pourquoi ces derniers ont réagi très vivement par l’intermédiaire d’une partie de leurs syndicats), les parents directement concernés ayant plutôt tendance à se sentir bernés …

. des élèves relevant plutôt de la voie professionnelle vont se retrouver sur le carreau (ou être amenés à s’inscrire en centre d’apprentis voire, pour une minorité, en section technologique par défaut si cette filière perdure) car il n’est pas impossible sinon probable que des mouvements s’opèrent de la voie technologique (marginalement générale) vers la voie professionnelle (les projets de réforme du lycée sacrifient la filière technologique et certains acteurs de la voie professionnelle rêvent de récupérer les élèves de la voie technologique sans mesurer les effets négatifs pour élèves et professeurs, y compris  PLP) et l’apprentissage, en raison d’une part des possibilités d’insertion professionnelle plus adaptées du bac pro et de « moindre difficulté » de l’examen (accru par une volonté de généraliser le contrôle en cours de formation CCF), de la rémunération en apprentissage et, d’autre part du fait que, depuis 2005, les possibilités de poursuite en BTS après le bac pro se sont accrues.

      . les sorties d’élèves en cours de formation ont toutes les chances de s’accroître fortement et il n’est pas sûr du tout que les élèves aient envie de se voir réorientés vers un CAP en LP, … mais préfèrent partir en apprentissage du fait du salaire offert par cette voie d’étude (on sait aussi, depuis des années, que c’est l’objectif de la plupart des responsables politiques de la majorité actuelle d’essayer de substituer aux formations professionnelles en LP des formations professionnelles en apprentissage, principalement pour des raisons idéologiques et afin de mettre à mal le statut des professeurs du second degré, celui des enseignants de CFA étant très en recul par rapport à celui des PLP) ;

 

      . la réduction des moyens mis à disposition de l’ensemble filière professionnelle/filière technologique en fonction des départs d’élèves alors que, la plupart du temps, les établissements et les enseignants n’en sont pas responsables et le développement d’une concurrence accrue entre ces 2 filières conduisant à une opposition accrue entre PLP et certifiés ;

      . la dévalorisation du bac professionnel (évidente du fait d’une formation professionnelle et générale ramené de 4 à 3 ans) en terme d’image et  ensuite sur le plan des rémunérations offertes après l’obtention de ce bac car peu de professions et de secteurs d’activités ont soutenu le bac 3 ans avec disparition du BEP et, aucune ne s’est engagée sur le plan des rémunérations voire, la plupart pensent rémunérer les nouveaux formés au niveau BEP ! Cette dévalorisation sert aussi une partie des employeurs qui veulent mettre à mal le diplôme, source à leurs yeux de contraintes et mettre en avant des certificats de qualification professionnelle (CQP) moins contraignants notamment sur le plan des salaires … ; les risques de remise en cause du statut des enseignants du public dont les salaires et les temps de travail pourraient évoluer vers ceux moins favorables des enseignants de CFA, notamment du fait de l’augmentation des jeunes formés en apprentissage par rapport à ceux formés en LP, LT et polyvalents. L’expérimentation des bacs 3 ans  a permis de repérer des conditions permettant une certaine réussite pour une partie seulement du public (peut être de l’ordre de 25 % en moyenne) susceptible d’être concerné (rapport IG en 2005) ; de plus, comme toujours, lorsqu’il y a réduction du temps de formation ce qui peut être fait, avec un temps réduit et un public même choisi, est différent : on se centre plus sur la préparation de l’examen au détriment de la formation proprement dite, l’examen étant une sorte de SMIG appliqué aux programmes de formation. Un processus de formation porte sur des individus, ça n’est pas comme un processus de fabrication d’un produit ou d’un service dont le temps de réalisation peut être réduit par l’utilisation de nouvelles machines ou technologies : d’une part, le produit « jeune préparé à un diplôme … » n’a rien avoir avec une production matérielle et d’autre part, on ne connaît pas à l’heure actuelle, d’outils ou de méthode voire de façon d’enseigner permettant, à programme de formation et examens identiques, de réduire le temps de formation, les TICE, par exemple, loin d’être généralisées, permettant seulement de faciliter certains apprentissages, de leur donner du sens. Les données chiffrées visant à faire croire que les bacs pro 3 ans permettaient de conduire un nombre plus grand d’élèves au niveau baccalauréat sont scientifiquement contestables et empreintes de manipulations ; d’abord, parce que les statistiques portant sur les bac 4 ans (BEP/bac) et les bacs 3 ans ne concernent pas du tout les mêmes effectifs, les premiers concernent 80 à 90 % des effectifs élèves tandis que les autres représentent au maximum 10 à 20%. Ensuite la plupart des élèves qui ont passé le bac en 3 ans ont été pré recrutés et jugés susceptibles de suivre un  cursus en 3 ans ; il est donc logique que la plupart d’entre eux y parviennent ! Enfin la majorité des filières sur lesquelles porte la statistique relative aux bacs 3 ans est celle qui est susceptible de donner le meilleur résultat …

 

Là encore, sous couvert d’égale dignité des voies de formations, le ministre de l’éducation vient d’instaurer une épreuve de rattrapage qui brade et dévalorise encore un peu plus le diplôme national du bac pro. Cette épreuve orale de 20 minutes qui compte autant que la moyenne générale de toutes les notes obtenues à l’examen est basée exclusivement sur les stages en entreprise déjà évalués par de forts coefficients dans le cadre de l’examen et, ignore les enseignements  généraux, ce qui aura de graves répercussions sur la motivation des élèves par rapport à ces enseignements. Mais l’objectif caché est clair : il s’agit de maintenir voire d’accroître le pourcentage de réussite à l’examen pour, si possible, de camoufler les effets profondément négatifs du bac 3 ans que l’on essaie aussi de camoufler en instaurant,en amont, une  généralisation du contrôle en cours de formation (CCF) dont on sait, par expérience, qu’il permet d’accroître d’au moins 2 à 3 points la moyenne des élèves aux épreuves par rapport à l’examen traditionnel (qu’il convient certes de faire évoluer), sans qu’au delà du discours, il y ait la moindre amélioration (il y a même de nombreux cas de régression) dans le processus d’acquisition des connaissances et compétences par les élèves !

 

 

 

Aujourd’hui, si nous avions à faire à un gouvernement et un président soucieux d’accroître la réussite des élèves, le temps de formation d’une partie des élèves des filières générale et technologique (peut être de l’ordre de 25%) devrait être porté à 4 ans et, celui d’une partie des élèves de la filière professionnelle (de l’ordre de 25%) ramené à 3 ans, l’alignement du temps de formation du bac pro sur les 2 autres, pour tous les élèves, n’a qu’une fonction : récupérer des moyens et supprimer un emploi de fonctionnaire sur 2 comme s’y est engagé le candidat Sarkozy !

Jean-Pierre VINEL PG 33. Avril 2009

 

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Par pgeducation le 19 juin, 2009 dans Débats

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